MARTHYRS DE TASSAFT OUGUEMOUNE

HOMMAGE AUX VALEUREUX MARTYRS DE TASSAFT OUGUEMOUNE

mercredi, septembre 21, 2005

AZZEDINE YOUSFI

Affrontements violents à TassaftUn jeune manifestant grièvement blessé

Les affrontements qui se poursuivent depuis une semaine à Tassaft, entre les jeunes manifestants et les éléments de la brigade locale de la Gendarmerie nationale ont atteint, avant-hier soir, un pic de violence inquiétant.
En effet, les gendarmes qui jusque-là répliquaient par tous les moyens de l'intérieur de leur caserne pour repousser les attaques répétées des émeutiers sont passés à une action musclée. Sortis dans la rue, ils se lancèrent à la poursuite des jeunes, à coups de bombes lacrymogènes, de matraque et autres gourdins. Dans la folie de leur fuite les jeunes des villages Tassaft et Aït Erbah, couraient dans tous les sens afin d'échapper à la furie des gendarmes. Plusieurs d'entre eux ont été légèrement blessés mais ce ne sera malheureusement pas le cas pour le jeune A. H. Brahim qui a été rattrapé par les éléments de la gendarmerie qui le tabasseront violemment avant de le laisser pour mort sur le pavé.Evacué en pleine nuit vers l'hôpital de Aïn El Hammam, la victime subira neuf points de suture. Pour rappel, le village de Tassaft a été depuis l'assassinat de Yousfi Azeddine le 29 mars dernier par les gendarmes le théâtre d'affrontements opposant la population à la brigade locale de la gendarmerie dont est exigé « le départ définitif dela région ».
Saïd B.


Emeutes à : TASSAFT mars2002

Emeutes à : TASSAFT mars2002

Emeutes à : TASSAFT mars2002

Emeutes à : TASSAFT mars2002

Emeutes à : TASSAFT mars2002

Emeutes à :TASSAFT mars2002

Emeutes à : TASSAFT mars2002

Emeute à : TASSAFT mars 2002

samedi, septembre 17, 2005

AZZEDINE YOUSFI

















Yousfi Azzedine, 36 ans inhumé à Tassaft : "sa mort ne sera pas vaine"

C’est une foule immense qui a tenu à rendre un dernier hommage, à Tassaft, à Yousfi Azzedine, 36 ans, père de deux enfants et dernière victime du Printemps noir de la wilaya de Tizi Ouzou.
Yousfi Azzedine a été tué vendredi dernier par une grenade lacrymogène tirée à bout portant par un gendarme de Tassaft. Il a donc été enterré, hier, dans son village natal. Vers 13h30, la victime a été inhumée et plusieurs de ses amis et proches ont ensuite pris la parole pour affirmer que sa mort ne sera pas vaine.
















Enterrement de : Yousfi Azzedine

Le 29 mars 1959, le colonel Amirouche a été lâchement assassiné par les colonialistes français. Le 29 mars 2002, Yousfi Azzedine a été lâchement assassiné par la gendarmerie dans son propre pays", a-t-il déclaré, sans dépit, à la foule nombreuse. Il poursuit : "Dans le cimetière de Tassaft, trois générations de martyrs se côtoient : ceux de 54-62 à l’instar du colonel Amirouche, ceux de la décennie noire : Djaffar Ouahioune et Kamel Aït Hamouda et, enfin, ceux du Printemps noir : Yousfi Azzedine que nous enterrons aujourd’hui." on s’interroge ensuite : "Au nom de quelle loi les gendarmes tirent-ils avec des frondes ? Au nom de quelle loi ils agressent les citoyens ? Et au nom de quelle loi ils commettent des crimes ?" Le député RCD n’accusera pas seulement le corps de la gendarmerie, puisque pour l’orateur, la responsabilité est également politique. "Boustilla et Zerhouni sont responsables de tous ces crimes, ils doivent partir !", a-t-il calmé. C’est sur une note d’espoir que le député de Tassaft conclura : "Aussi douloureuse que soit pour nous cette journée, les sacrifices ne seront pas vains. Nous irons bientôt vers une Algérie unie et débarrassée du système !" La foule s’est ensuite dispersée et des émeutes s’en sont suivies à proximité de la brigade de gendarmerie.
















Enterrement de : Yousfi Azzedine



Enterrement de : Yousfi Azzedine



Enterrement de : Yousfi Azzedine



Enterrement de : Yousfi Azzedine



Enterrement de : Yousfi Azzedine



Enterrement de : Yousfi Azzedine


Enterrement de : Yousfi Azzedine

Enterrement de : Yousfi Azzedine

AIT HAMOUDA AREZKI

AREZKI AIT HAMOUDA



NE LE : 02 Mars 1958
DCD LE : 25 Novembre 1995
A TizOuzou (Nouvelle Ville) lors d'une explosion d'une Bombe

mercredi, septembre 14, 2005

BACHA MUSTAPHA / 2

Mustapha, tu es notre voie


Mustapha, tu es mort pour ta croyance en quelque chose qui n’existe pas encore, en quelque chose que les autres, même s’ils fassent semblant de la comprendre, ne la ressentent pas.
Mustapha, tu es mort pour nous autres, tu es donc mort pour rien, car nous autres ne valons pas ta vie, nous autres sommes aussi meurtriers que les autres, nous autres continuerons à vivre hypocritement, mais toi pas.
J’en ris car tu t’es quelque part gouré mon vieux, à trop vouloir croire en un peuple qui n’a rien d’un peuple, à trop vouloir croire en un peuple haineux, destructeur, un peuple qui ne te ressemble pas, un peuple que tu croyais être comme toi.Et j’en pleure, oui crois-moi, j’en pleure au fond de moi, car je sais que demain on t’oubliera et que demain on continuera à nous enterrer, les uns après les autres et une fois que tous les Mustapha seront enfouis à six pieds sous terre, ce peuple alors applaudira l’avènement d’un nouveau monde, un monde où tout le monde ressemblera à tout le monde, un monde en noir et blanc, obscur, sans couleurs, sans lumières, un monde qu’ils auraient mérité d’avoir…et ce jour-là, le jour où il n’y aura plus de Mustapha, pour leur cracher sur la figure, ce jour-là, Mustapha la terre entière bougera, la terre entière se secouera, la terre entière vomira son amertume, trop lourde à porter, elle les avalera, les digérera difficilement, mais elle le fera quand même, pour qu’elle puisse enfin respirer, respirer un air pur.
Ce jour-là, Mustapha, la lumière rejaillira, l’obscurité disparaîtra, la nuit s’éclipsera, un jour dans l’au-delà.

MUSTAPHA BACHA

L’itinéraire d’un combat


En perdant l’un des artisans du printemps berbère, l’un des fils dignes, Tassaft est en deuil.
Fils de Belaid et Chettir Mekioussa, le regretté Mustapha Bacha est issu d’une famille modeste. Il est né le 27-07-1956 à Tassaft, où il à fait l’école primaire de son village natal avant de continuer ses études moyennes à l’école des pères blancs à Beni-Yanni, puis les études secondaires au lycée « Amirouche » de Tizi-Ouzou, où il obtient son baccalauréat en 1978-79.
Mustapha n’avait pas 24 ans qu’il était déjà l’un des leaders du soulèvement d’avril 80, qu’on appela « le printemps berbère ». Il goûtera à l’isolement et la prison dans son pays indépendant, plus précisément à la prison de « Berouaghia», avec ses camarades de lutte. Cette qualité lui était reconnue par ses camarades étudiants à la fac centrale pour ses dons d’orateur hors pair et son exceptionnel sens de l’organisation.
« Il y a des hommes Océan »
Il &tait déjà de ceux qui tardent dans la nuit du 6 avril 1980, ils avaient décidé de faire participer la communauté universitaire d’Alger à la marche organisée pour le lendemain. Elle devait aller de la place du 1er mai vers la présidence de la république. La marche est agressée par les forces de «répression » et plusieurs dizaines de manifestants s’étaient retrouvés en garde à vue au commissariat central où ils furent durement interrogés. Mustapha était parmi eux. Au lendemain de sa libération, il active de plus belle pour ne pas laisser mourir un printemps si beau.
Il sera de nouveau arrêté le 20 avril et cette fois déféré devant la cour de sûreté de l’état avec 23 autres militants de la cause. Leur libération provisoire survient le 26 juin de la même année.
Loin d’entamer sa détermination, il sera l’un des organisateurs du séminaire de «Yakourène » d’août 1980 dont les travaux avaient pour la première fois esquissés les contours de la revendication culturelle berbère dans le cadre national algérien.
Il s’empare alors de l’instrument idéologique en vogue dans les années 70 : la gauche.
Il crée alors et anime plusieurs mouvements de gauche ; obsédé par l’idée de liberté et la soif de justice, il fut un des grands opposants à l’infâme article 120 dés son avènement. En 1977 il entame un dur combat pour la mise sur pied du premier comité universitaire autonome à l’institut des sciences économiques d’Alger.
Malgré ces 4 ans mouvementés dans l’université, il parvint à décrocher sa licence en sciences économiques en 1982. Il entame en suite une carrière professionnelle de cadre gestionnaire à l’E.N.I.E.M (ex-SONELEC) où il fut élu représentant des travailleurs à l’UGTA. Durant sa carrière syndicaliste, il fut le fondateur du syndicat autonome (future UDT) de l’E.N.E.M en 88. Parallèlement à son activité il était militant du GCR «Groupe Communiste Révolutionnaire" de 82 à 84, puis de l’ORT(Organisation Révolutionnaire des Travailleurs)de 84 à 87. Et dans le cadre du MCB, il rejoint le groupe de Said Saâdi le 11juillet 1986.
Le 20 avril 1988, il participa à une table ronde avec un certain nombre d’acteur du printemps Amazig et conclura comme la plupart des présents que
«si les divergences idéologiques nous ont jusqu’à présent éloigné les uns des autres, il est nécessaire que Tamazigt nous réunisse aujourd’hui ». Après les événements d’octobre 88, dés le 9 novembre, il est parmi les quatre appelants à la tenue des assises du MCB. Elles eurent lieu les 9 et 10février1989 à l’issue desquelles, le RCDétait proclamé par Mustapha qui en devient le secrétaire national à l’organisation et à la formation en même temps il était un des animateurs les plus efficaces du MPR (mouvement pour la république).
Doué d’un grand sens de l’organisation, il était le principal concepteur de tous les grands événements initiés par le MPR et le RCD
Etat généraux des patriotes républicains
Les congrès
Marche du 10 mai 1990
Marche du 24 octobre 1991
Marche du 29 juin 1994

« il aimait l’Algérie à en mourir »Patriote infatigable, méticuleux, honnête, Bacha aura donné tout à la cause Amazig que nous ne sauront l’oublier. par son combat en faveur de l’amazigité, il est parmi ceux qui ont évolué naturellement vers le combat national voire universel en faveur des valeurs de liberté, de tolérance, de courage et de sacrifice.
Il faut rappeler qu’au plan culturel, il participa à la création de la troupe «DEBZA », puis du collectif culturel de l’université avant d’être en
« Il faut ouvrir toutes les portes et toutes les fenêtres pour qu’un grand souffle d’air passe, il faut que la liberté d’expression devienne réelle » 1981, durant les événements du 19 mai 81et à 11 mois de prison.
En 1982, lors de l’assassinat de Kamel Amzal, Mustapha était présent à la tentative d’organisation de l’assemblée générale de Ben Aknoun qui fut alors interdite.
Le 17 mars 1989, à Tassaft, il fut le fondateur de l’une des premières associations culturelles à voir le jour en Algérie et c’était l’association culturelle Ammar At Hamouda.
Toujours présent sur les trois fronts, social, politique et culturel. Mustapha mena par la suite une lutte sans répit pour la justice, la liberté et la démocratie. Ne connaissant ni le repos, ni le divertissement, Mustapha ne militait pas, il vivait en militant. Ce militant, qui n’avait pas en fat une vie privée, était d’une disponibilité telle qu’on peut dire sans risque de se tromper que, depuis 25 ans, il était pour quelque chose dans tous les événements qui ont marqué les combats identitaires et pour la démocratie.
Ses discours tranchants, son franc-parler dépouillé de toutes fioritures complaisantes laissent, le souvenir d’un homme qui détestait les compromis et les compromissions.
Lors d’un meeting à Tizi-Ouzou il avait répondu à ceux qui ménagent les suscebtilités calculatrices et déclaré à propos de l’arrêt du processus électoral :«En disait de nous des fous e des audacieux si c’est pour l’Algérie en l’est tout le temps ». audacieux, il l’était pour l’Algérie moderne et républicaine.
Qu’il s’agisse de la jeunesse, de la culture nationale ou de l’école il expliquera sans répit les positions de son parti et ses convictions propres. De l’école en particulier, il n’a cessé d’insister sur «une refonte radicale » plutôt qu’une réforme.Farouche opposant du «système qui a échoué dans tous les domaines », ennemi irréductible de l’intégrisme et du terrorisme, il n’avait qu’une ambition : «Sauver le pays, car l’avenir de l’Algérie ne se joue pas à la roulette russe ».Mustapha était de ces hommes taillés d’une seule pièce dans l’honnêteté et l’intégrité. ses capacités politiques et son engagement, sans réserve, pour la démocratie en font une perte irremplaçable pour le projet républicain.
Lors du dernier entretien accordé à la presse (opinion du 2.8.94), Mustapha avait déclaré : «Il n’y a plus de place aux hésitations(...) les enjeux calcifiés, les conditions administratives et sécuritaires réunies, aucun démocrate ne peut refuser le retour au suffrage universel ».
dans telles circonstances, il est très difficile de trouver les mots pour exprimer toute la douleur qu’on ressent pour avoir perdu un ami, un frère, un compagnon de toujours. Voilà un homme qui n’appartient pas seulement à la famille Bacha, mais appartient à tout ce monde qui lutte pour la liberté et la démocratie en Algérie. Mustapha était un homme d’exception issu d’un village qui s’est toujours identifié aux sacrifices, il est parti à la fleur de l’âge, comme tous les grands hommes politiques qui partent très tôt sans avoir accompli pleinement leur mission, atteint leur idéal.
Sur la pointe des pieds, discrètement, un peu à la manière des grands, il nous a quittés pudiquement, emporté par un arrêt cardiaque, sans un râle, sans un soupir, comme un héros. Oui, mais il avait de qui tenir, il faisait parti de cette lignée de révolutionnaires qui ont vu le jour dans son patelin et qui avaient pour nom Amirouche et ainsi que Ammar At Hamouda. Il leurs a toujours ressemblé parce que fier comme eux, loyal envers son pays, un vrai nationaliste des temps moderne, un de ces algériens dont on est fier d’être l’ami.
« Son seul « Son crime a été de revendiquer son identité »Ce patriote infatigable avait consacré toute sa vie au militantisme ,à défendre sa langue maternelle, dans la soif d’une justice sociale, toute une vie à rêver d’une Algérie démocratique et voir les droits de l’homme triomphés dans un pays qui pleure ses enfants jusqu’aujourd’hui.
Mustapha Bacha a laissé un grand vide, que tous ceux qui ont la chance de travailler avec lui, sentira , parti avec un cœur peiné, laissant ainsi son pays sombré dans le chaos, il nous a quittés sans prévenir, subitement emporté par un arrêt cardiaque le lundi 08 août 1994.
Sa transparence et sa compétence vont cruellement nous manquer. Il nous manquera sur le plan politique d’abord, car ta présence, ton combat et tes idées sur la démocratie étaient remarquables à plus d’un titre. Il ne ressemblait en rien à ces opportunistes de salon qui changent de veste au gré de la conjoncture. Non, il était un des pionniers pour toutes les causes nobles qu’il défendait avec acharnement. Mais aussi son départ précipité laisse un vide difficile à combler.
Qui ne connaît pas son esprit d’organisation ?
Ses coups de gueules autoritaires et combien sympathiques ?
Ses analyses lucides, posées et justes sur la situation dramatique que traverse le pays ?
« Il y a des vies comme ça trop courtes. Et trop remplies.
La vie de Mustapha était de celles-là »Nous devions nous retrouver tout ensemble pour nous concerter sur une position commune à adopter sur l’épineux problème du dialogue ! son amour et son engagement pour le regretté Boudiaf faisaient de lui un vrai patriote algérien et il était de tous les combats pour la vérité sur son assassinat.
Voilà pourquoi il va nous manquer terriblement ! mais qu’il sache que nous allons continuer à nous battre comme il a su si bien le faire pour nos idées, notre projet de société et notre avenir et celui de nos enfants.
Mustapha restera vivant dans le cœur du MCB et des algériens qui en font un symbole de probité et de dignité. Il rejoint ainsi la chaîne ancestrale des bâtisseurs de nations. A nous de suivre ses traces pour combattre un pouvoir injuste et corrompu dont l’issue est aujourd’hui compromise par le terrorisme islamique.
Il nous a encore une fois dessillé les yeux sur la nature des fascistes en déclarant : «Il n’y a d’islamistes modérés en Algérie que ceux qui n’ont pas les moyens de la violence ».
De grâce, Mustapha n’avait pas besoin de pleurs et de lamentations, lui qui n’avait jamais abdiqué dans ses luttes et ses combats. Alors, à nous tous, de lui promettre solennellement que nous sommes prêts pour la continuité de la lutte jusqu’à la victoire finale.
Repose en paix Mustapha, «La République Vaincra », disait l’affiche à l’entrée de ton village natal Tassaft !







Les Valeureux Martyrs de Tassaft

"L'Homme Libre Est Celui Qui Ne Craint Pas D'Aller
Jusqu'au Bout De Sa Raison.!!"



Amrane, Arezki et Azzedine


VILLAGE DES MARTYRS ET DES HOMMES LIBRES


"Tassaft un petit village,un simple village,

mais la simplicité de ses Enfants et de ses
Martyrs ont fait de lui une grandeure"

Chaque évènement qui secoue l’Algérie Tassaft Ouguemoune lui offre un de ses chers Enfants.

La crise Nationale dite Berbériste :
AMAR OULD HAMOUDA

La Révolution Algérienne :
AMIROUCHE AIT HAMOUDA...

Le Printemps Berbère :
DJAFFER OUAHIOUNE
MUSTAPHA BACHA

Le terrorisme :
DJAFFER OUAHIOUNE
KAMEL AIT HAMOUDA
DAMRANE OUAHIOUNE
AIT HAMOUDA AREZKI


Le printemps noir :
YOUSFI AZZEDINE

mardi, septembre 13, 2005

YOUSFI AZZEDINE

Yousfi Azzeddine, 36 ans, marié et père de 2 enfants, demeurant à Tassaft, près de OUACIF (Tizi-Ouzou), tué par un tir de grenade lacrymogène près de la brigade de gendarmerie de Tassaft le 29 mars 2002. (Révoltes en Kabylie). Les coeurs, Quand trop de faim tord trop d'entrailles, Quand on rentre trop de larmes, Quand on baïllonne trop de rêves, C'est comme quand on ajoute bois sur bois sur le bûcher, A la fin, il suffit du bout de bois d'un esclave pour faire Dans le ciel de Dieu Et le coeur des hommes, Le plus énorme incendie."
Mouloud Mammeri


Tassaft enterre Yousfi Azzedine - 36 ans - tué par la Gendarmerie

Tassaft, accrochée au Djurdjura, cette montagne symbole de la résistance d’ou découle intarissable la paix, enterrera aujourd’hui un des ses fils, fauché par les forces de la répression.
Yousfi Azzedine sera à jamais présent dans les memoires;Les meurtriés des Kabyles et de l’ensemble des Algériens qui aspirent avec conviction à des lendemains sereins.
Azzedine, âgé de 36 ans a été tué par la gendarmerie de son village natal par une bombe de gaz lacrymogène tirée à bout portant dans sa direction. Transporté d’urgence, notre ami succombe à ses blessures après des soins intensifs à l’hôpital de Tizi-Ouzou. La liste macabre des victimes depuis l’assassinat de GUERMAH Massinissa s’allonge pour atteindre 111 morts et quelques 2000 blessés. Azzedine, laisse derrière lui deux petits enfants orphelins d’un père qu’ils auraient voulu garder pour eux, seulement le temps de grandir. Hélas, la machine meurtrière du pouvoir en a décidé autrement. Il est à signaler qu’une dizaine de blessés graves sont pour l’instant éparpillé à travers les hôpitaux de la région. Toute la Kabylie, en cette matinée de dimanche a suivi le mot d’ordre de la grève initié par la coordination des arches et des appels à rejoindre Tassaft pour accompagner Azzedine à sa dernière demeure sont placardés un peu partout. La tension est très vive et la ville des gênets est envahie par des policiers en civil...
H- R - Tizi-Ouzou

KAMEL AIT HAMOUDA / 5


















Le souvenir d’un homme torturé

Tassaft, ce soir tu recevras encore un de tes fils lumineux que tu embaumeras de ta chair, que tu couvriras de tes branches et que tu serreras à ton sein généreux.
A force d’avoir palpité pour le renouveau jusqu’à cesser de battre.
A force d’avoir offert sa vie à la braise de ta résurrection, c’est lui qui prend feu et subitement te rejoint dans l’éternité et nous dit : au revoir.A force d’avoir pétri ta gloire dans tous les accents solaires, il en fait un habit, s’en va et nous lègue une symphonie à achever.
Tassaft, ce soir, tes entrailles se rouvriront pour accueillir un de tes apôtres résolus avec sa cargaison de rêves à distribuer aux enfants. Kamel, a vu samedi matin, les allées de la gloire s’ouvrir. Et il s y engouffra pour le repos du guerrier.Tassaft, ce soir, tu ne pleureras pas. Tu laisseras sourde de tes confins «Acewwiq »immémorial pour accompagner ton enfant au panthéon de nos victoires futures.
Ils ont cru atteindre le soleil avec leurs balles de plomb. Mais, non, le soleil est très haut, leurs balles fondront avant même d’arriver. Kamel est ce soleil qui ne s’éteint jamais. Et tant que la vie continue, d’autre Kamel naîtront pour dénoncer leurs actes ignobles.
Nos cœurs ne peuvent qu’être remplis de reconnaissance pour Kamel et Djaffar quand nous songeons à quel point, ils ont luttaient avec conviction pour l’amazigité, la démocratie et la liberté.
Alliés de Satan, ne soyez pas ravis de votre œuvre, car un jour viendra où vous serez tous détruits à jamais.
L’humanité a connu bien des êtres de votre espèce (je ne dirais pas gens parce que vous n’êtes pas de la race humaine). Ceux que vous appelez «Kouffar » vivront éternellement et seront toujours parmi nous.

DJAFFER * KAMEL













Ils ont osé tirer sur vous

Les commanditaires de l’ombre ont ordonné votre mort, pour vous faire taire, vous empêcher d’être à l’écoute des vôtres et pour nous ôter tout espoir. L’Algérie vient de perdre deux de ses illustres et dignes fils. Ils ont tenu bon courageusement, avec une rare détermination et une conviction inébranlable, malgré les menaces de mort des milieux intégristes et les pressions intolérables et scandaleuses du pouvoir, ni le harcèlement judiciaire qu’ils subissaient, ni les tentatives d’assassinats dont ils avaient fait l’objet, n’ont eu raison de ces hommes, de leur rage de vivre. Ils sont restés eux-mêmes, humanistes, généreux, très soucieux du devenir des jeunes générations. Ils se battaient pour une Algérie berbère et démocratique. Ils avaient, en ces moments durs et pénibles pour leur pays, la certitude que leur combat était juste et porteur d’espoir, de modernité, de tolérance, de justice et de progrès. C’est tout cela qu’on a cherché à assassiner, qu’on a cherché à briser.
Que les commanditaires de l’ombre sachent qu’ils n’ont pas réussi à vous tuer ! Ils n’ont pas réussi à éteindre l’espoir, ni venir à bout de notre détermination.Ce ne sont ni les égorgeurs, ni les émirs autoproclamés, ni ceux qui lancent des prétendues «Fetwas » et qui établissent des listes des démocrates à abattre, qui nous décourageraient. Ils ne pourront jamais assassiner le rêve et l’espoir, le besoin d’expression et du changement. En un mot la vie.
Djaffar, Kamel, nous nous ne lasserons pas abattre par l’immense douleur que nous ressentons, ni par le désespoir et le défaitisme : nous vous faisons le serment, que nous resterons fidèles à vos mémoires, à vos idées et à votre combat. Nous resterons fidèles en Algérie qui veut rester debout. Nous poursuivrons le combat pour faire fleurir Tamazigt pour laquelle vous vous êtes sacrifiés et pour que triomphe la démocratie en Algérie.
Ceux qui vous ont assassinés, qu’ils aient exécuté, commandité, s’en soient rendus complices par leur action, leur discours ou leur silence, en s’attaquant à la vie des hommes de vérité et de courage, ont cherché à tuer la vie de l’espoir, on cherché à tuer l’espoir de la vie ! Comme si on pouvait imaginer possibilité de la vie !

lundi, septembre 12, 2005

KAMEL AIT HAMOUDA / 4


















Le deuil descend des montagnes

Encore une fois, nous reviendrons d’un cimetière. La terre collera à nos chaussures et nous resterons là, bras ballants un peu comme des errants.Kamel aura beau nous demander d’être courageux, ce ne sera pas simple. Une partie de notre cœur s’est éteinte. Nous aurons beau paraître d’acier, nous ne ferons que semblant.
La mort de Kamel est tragique car elle survient à une période cruciale de l’Algérie. Une période où les tenants d’un ordre théocrate, alliés à des clans obscurs savent que le combattant avait raison : l’Algérie ne leur appartiendra plus.
Le sage est ravi à sa famille, aux siens, à l’Algérie. Cette Algérie debout, mais malgré tout, meurtrie pour de longues années. Cette Algérie pour laquelle Kamel a tant donné. Cette Algérie plurielle, démocratique, profonde, pour laquelle, intransigeant et fort de ses convictions, il a mené un combat sans relâche.
La mort de Kamel, un militant de la cause identitaire et du combat pour une Algérie moderne et démocratique, survient au moment où l’on veut faire croire que la Kabylie est un havre de paix.
Cette lâcheté est assurément une autre victoire des stratèges du chaos.
Le malheur laisse le plus souvent sans parole, la voix lorsqu’elle ne se fait pas cri, ne franchit pas la barrière de la gorge. Les larmes alors tiennent lieu de langage.

KAMEL AIT HAMOUDA / 3


Lettre à un Ami dans l'au-delà

Je ne sais pas pourquoi ton image me revient souvent à l’esprit au moment de la déprime, et cette image est celle de cet algérien qui a cette frimousse sympathique avec ce visage innocent. Il faut dire que j’aimais bien cette tête-
là, et elle me manque…Est-il possible que des gars comme toi puissent disparaître comme ça ? Tu veux que je te dise ? Figure-toi que tu n’es pas mort. Que la bête immonde ne t’a pas dévoré ; Elle ta seulement avalé sans te mâcher, donc tu es toujours présent.
Mais par fois, je me dis :
«tien ! Où est passé l’ange qui veille sur notre village ? » Et ça me fait tout drôle de réaliser que je n’aurai jamais l’occasion de te revoir une dernière fois.Durant les années de braise, c’est grâce à ta vigilance, à ta gentillesse et ton sourire angélique qu’on a pu espérer et avoir le sourire, parfois. Je ne te connais pas mon gars, mais je te connais très bien…drôle d’opposition ! Je sais que tu souriras à la lecture de la phrase précédente et que tu essayeras de comprendre cette construction illogique et tu te diras : comme ça, on est deux à être fous. Tu étais un fragment de ce morceau d’espoir formant notre jeunesse. Heureusement que des gens comme toi ont existé et j’espère qu’il y en aura d’autres en Algérie…
Quand je pense à toi, je ne peux m’empêcher de penser à un autre fragment d’espoir. Menant le même combat que toi, mais qui a malheureusement disparu, lui aussi. Ce fragment qui nous a bien fait rêver, nous à éduquer et enseigner.
Ces cours de maths qui nous fait exploser la cervelle, mais au quels en assiste quand même.
Tu nous manques, Kamel. Djaffar aussi. «Vous n’étiez que deux et j’en voyais dix mille. » Comme aurait dû dire Jacques. Lui il est aux Marquises, tandis que vous deux, vous êtes là, en nous.
Bien maintenant, on s’habitue à ton absence ont se redonne un peu espoir entre amis, puisqu’on n’a pas laisser ton coin, dans ton village.

DAMRANE OUAHIOUNE


OUAHIOUNE AMRANE BEN MOHAND

NE LE : 13 SEPTEMBRE 1934

ASSASSINE A LAKHROUB (CONSTANTINE)
ACCIDENTELEMENT LE : 11 OCTOBRE 1994
DEUX JOURS AVANT SA RETRAITE, LORS D’UN
ACROCHAGE ENTRE GENDARMES ET UN GROUPE
ARME.

DJAFFER et KAMEL










Lettre à Djaffar et Kamel
Maintenant que-vous êtes morts, que vous dire ?
Tel novembre historique, l’octobre démocratique a forcé le destin. Votre combat n’aura pas été vain. Vos mots continuent leur périple infini, dénonçant les «maux » et les «tuteurs de la pensée ».
Que vous dire ? Vous qui êtes des enfants d’avril que le printemps a grisés, mais que les balles de mai ont visé.
Vous dirai-je que nous avons suivi votre combat en évitant la compromission ?
Vous dirai-je que les «politicards bureaucrates » d’hier sont les démocrates d’aujourd’hui ?
Vous dirai-je que le parti unique, la censure, la répression sont terminés ?
Vous dirai-je qu’un dictionnaire en Tamazigt vous est dédié et publié en Algérie et que le 18éme printemps berbère a été célébré en votre mémoire ?
Vous dirai-je que vous êtes les meilleurs, Kamel le sage et Djaffar le symbole de notre combat ?
Non, je ne vous dirai rien de tout cela, mais je vais vous dire tout simplement et brièvement que votre combat, comme celui de vos semblables, a était trahi.

Kamel ,Une Mémoire Tenace


Kamel lors d'une présentation théatrale

Qu’est-ce qui vous a pris de tuer Kamel ?
Qu’aviez-vous dans la tête ?
De la cervelle ?
Pas du tout. Figurez-vous que je me suis posé la question en apprenant vos dernières lâchetés.
Des êtres merveilleux enlevés aux siens, au pays par des monstres sortis des ténèbres. Bien sûr, vous êtes sûrs du contraire. Les immortels c’est vous !
Mais il y a une grave erreur. Les seuls qui demeureront dans le temps sont tous ces impies, ces Djaffar, ces Kamel et j’en passe !
Mains perlantes de sang. De ton sang Kamel ! Les sans esprits se sont mis à genoux. Une prière pour un peu de pouvoir. Pour un peu de pouvoir ici bas.
Unis, ils se dressent contre l’Algérie. Ils unissent leurs voix contre la liberté.
Liberté, un mot fabuleux, mot magique que des monstres au visage masqué chassent à coup de plomb. Mot si doux que des bêtes immondes, égarées dans le siècle, s’attellent à nous extorquer.
Donc, malgré la mort qui te guettait, tu ne t’en souciais guère. Tu t’en remettais au destin pendant que d’autres plaçaient leur destin loin des périls de l’Algérie en exploitant ta sentence de mort.
La menace n’était pas en l’air, Kamel. Mais ton combat non plus, n’était pas en l’air. La preuve… et la mort n’a fait que te confondre avec ton idéal pour devenir à ton tour l’idéal. Les enfants se souviendront, Kamel et chanteront de leurs lèvres vermeilles la liberté dont ton peuple a tant soif. Liberté, ce mot s’envolera comme une colombe des poitrines des tiens pour se répondre comme une traînée d’espoir dans l’immensité de ton pays.

















Kamel lors d'une présentation théatrale

AIT HAMOUDA KAMEL


Kamel Ait Hamouda
Visage de l'ange Gardien de Tassaft Ouguemoune
Une vie trop courte
ous avons découvert Tassaft sous une terrible chape de douleur. La nouvelle de la mort d’un homme Majuscule a été reçue comme une bombe. L’affliction était partagée par tous.
Ce soir Tassaft a vécu un événement qui vaut son pesant de larmes, d’afflictions et de fierté, son fils a accompli sa mission. Ce samedi matin, la nouvelle est tombée comme un couperet ; Kamel ait Hamouda n’est lus. D’aucun ne voulaient croire cette information. Ce fut la consternation au sein de la population.
Fils de Mend Ouchabane et Ben Amer Tamazouzt, Kamel naquit le 09 septembre 1964à Skikda ; issu d’une famille modeste confrontée à la rudesse de la vie et du quotidien d’une région impitoyable qu’est celle de Tassaft Ouguemoune son village natal. C’est là qu’il vécut son enfance au sein de sa famille et au cotés des gamins, des amis, avec lesquels il fit sa scolarité primaire au sein de l’unique école primaire du coin.
Mais sa scolarité ne durera pas plus de 5 ans, puisqu’en 1975 il décida d’arrêter ses études pour se diriger vers la vie active, afin de subvenir aux besoins de sa famille.
Il commença de bricoler à l’âge de 13 ans, ce qui démontre la maturité de cet enfant dés son jeune âge, et ce durant 5 ans. En 1982 il effectua son premier voyage vers Bousmail, (Tipaza) pour une formation de maçonnerie durant 2 ans. « Souriant même dans les moment difficiles »Juste après, il s’est fait embaucher par une entreprise en bâtiment comme maçon à Tipaza. Et c’est là que commence une autre étape de sa vie, celle du militant et le début d’une histoire d’amitié fabuleuse qui le noua avec Djaffar. Ils étaient deux enfants d’un même village qui a donné vie à ses meilleurs fils, à chaque fois que l’Algérie authentique se sentait menacée dans ses fondements et son intégrité.Issus d’un même village sans qu’ils se connaissent vraiment, ils avaient scellé une amitié en se rencontrant par hasard loin de la terre natale, dans un petit village à l’Ouest d’Alger : Fouka, et depuis, ils ne se sont plus quittés, même la mort n’a pas pu le faire.



Djaffar qui était à la fois le frère, l’ami et le compagnon de toujours l’initia fortement au militantisme.
Dés le début des années 90 il revient à Tassaft, où il avait préférer d’activé ; Kamel était patriote dès la première heure et militant actif du (RCD), dés sa création, ce qui nous fait à peu prés 10 ans. Un temps court. Mais suffisant quand on sait qu’il était de tout son cœur dans son combat avec une sagesse et une simplicité exemplaire. Et surtout, l’exemple à suivre chez Kamel était sa fermeté de ses convictions et sa détermination. Kamel était de ceux qu’on appellera «militant de l’ombre ».Il venait d’accompagner son éternel ami comme d’habitude, mais cette fois-ci ne savait pas qu’il avait rendez-vous avec son destin. Le jour fatal, que personne de son village, ni de ses proche, ni de ses amis n’oubliera. ce jour maudit où celui qu’on surnomma «l’ange » tombera sous les balles assassines d’un intégrisme islamique aveugle, dans le lycée de Beni-Yanni avec son compagnon Djaffar Ouahioune le 10 mai 1997 Le 12 mai, le cimetière s’avère exigu pour accueillir cette marré humaine. Tout le monde était là à Tassaft, qui même si elle portait le deuil ces jours là, les collines, elles, ne présentaient aucune ombre de doute quant à la continuité du combat, tant de jeunes et de visages présents ressuscitaient leur mémoire. Remplissant les chemins et les ruelles du village, ils avaient conscience d’accomplir un devoir et d’exprimer leur détermination. Une manière de dire : Kamel tu resteras toujours dans nos mémoires comme un exemple et une flamme. Il s’en va. Je vois encore sa silhouette, son visage. J’entends encore sa voix. Homme blessé, il l’était comme beaucoup d’autres et ce, depuis longtemps.
« Tout deux vécurent la douleur comme une seconde peau »Ceux qui ont connu Kamel ne pourront pas oublier, son visage vivra dans leur mémoire, sa gentillesse germera dans les esprits pour préparer les futures vendanges et faire écrouler tous les murs de l’arbitraire.
Il ne voulait pas mourir, mais comme le dit Brel



«le bon dieu, rappelle les bons ».
Un autre bon est parti, dirais-je. Quel cruel destin ! Une pensée me vient à l’esprit : «le cadavre encerclé » de KatebYacine au moment où Lakhdar mortellement blessé, dit à Hassen et Mustapha : «adieu camarades, quelle horrible jeunesse nous avons eue ! ». ce patriote de talent est d’une beauté rare
Repose en paix Kamel. En attendant, d’ailleurs nous n’allons pas attendre, nous résisterons et nous nous battrons pour l’Algérie de Kateb, Mammeri, Djaout, Mekbel, Katia, Medjoubi, Alloula… pour l’Algérie de demain car demain reste toujours à faire.Accepterons-nous à rester statique et admettre ce qui nous arrive ?
Non ! Non ! Non ! Les enfants de Abane Ramdane, du colonel Amirouche, n’abdiqueront jamais, on refuse un tel chaos. Le combat des martyrs d’aujourd’hui sera honoré malgré le prix fort à payer.
Ce patriote de talent est d’une beauté rare, repose dans le carré des martyrs de son village. Son regard qu’illuminent ses yeux demeure encore présent.

Lettre de Hand sadi pour Djaffer




Djaffer ouahioune à Hasnaoua


Lettre à Djaffar Ouahioune

Jeune, mais déjà ancien militant de la cause amazig, je t’ai connu en ce printemps 80. Tu étais alors étudiant à l’université de Tizi-Ouzou.Je ne me souviens pas de notre première rencontre, mais elle a dû avoir lieu tôt, puisque je venais te voir pour préparer la toute première manifestation du 11mars, au lendemain de l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri. Impulsion décisive à ce formidable mouvement qui deviendra le printemps berbère. Tu avais résumé l’événement à travers cette saisissante formule kabyle «ass n 11 di magres id-nessegres », (Un jour du onze mars que nous avons rompu nos entraves !).

1er Commémoration de Djaffer et de Kamel Mai 1998

L’image qui me reste de toi et celle de l’étudiant frondeur et bouillonnant, sillonnant le pays pour propager la contestation. A Alger, les étudiants ne parvenaient pas à tirer leur tract, car le responsable de la reprographie exigeait une autorisation de son supérieur. Ballottés d’un responsable à un autre, leur course se terminait inlassablement devant la porte cadenassée de la salle de tirage. Arrivé sur les lieu, tu fis voler le verrou d’un coup de pied, mis en marche la Ronéo, et tu tirais le tract sans te soucier davantage d’une quelconque permission.
C’était tout toi. Elève au lycée à Constantine, tu fus exclu pour des observations impertinentes et répétées en cours d’instruction civique de Boumédiène. Ayant été ton enseignant, je me souviens n’avoir pas été toujours complaisons avec toi. Mais tu ne m’en as pas tenu rigueur, puisque à l’extérieur des cours, nous nous retrouvions dans la fraternité du combat où plus aucune hiérarchie n’était de mise : tu te souviens de notre arrestation à la gendarmerie de Tassaft ? Nous étions attachés l’un à l’autre par une paire de menottes. Tu découvrais le contact glaciale du métal et l’implacable mécanisme qui en faisait resserrer l’étreinte à chaque mouvement indocile. Tu n’avais pas un tempérament à accepter la discipline qu’imposait l’instrument, ton esprit se tournait ailleurs, vers la fenêtre par laquelle tu me proposais de sauter, mais notre compagnon Arab était lui attaché à un lit de ferraille.

Un groupe de jeunes deposant des gerbes de fleurs sur la tombe de Djaffer

et de Kamel(Rabah,Chabane,Sofiane et Samir)

De ce jour, il me revient encore la multitude de tes démêlés avec les gendarmes qui ressortaient tous les dossiers ; il y avait bien sûr les tracts, ceux de Tizi, de Michelet et d’ailleurs, mais aussi une affaire de permis de conduire à boudouaou, et bien d’autre encore. Tu me paraissais pas accablé pour autant. Ton aplomb face à eux est admirable. Le sommet en a été l’affaire de la pérquisition sans doute, dénoncé par quelqu’un, les gendarmes étaient venus perquisitionner chez toi pour chercher la Ronéo de Tafsut. Tu leur as expliqué que l’opération était risquée, on ne violait pas impunément une maison kabyle, et que si l’on forçait l’entrée, en sortir devenait problématique, surtout vivant.

L’argument les avait convaincus, les gendarmes renoncèrent à leur perquisition et tu échappais à un emprisonnement, car la Ronéo était bien là, chez toi !

Epouse de Djaffer

Tafsut dont tu fus l’un des fondateurs publia dans sans premier numéro, un percutant poème «Adrum s wegrum », (Le pain du reniement) que tu signais et où tu fustigeais cette légion de Kabyles de service qui se font les chantres de l’arabisation.ijermdhen, comme tu les appelais, avaient fini par cesser de te poursuivre, d’autres qui ont revêtu leur uniforme ont pris le relais, semant terreur et barbarie sur leur passage. Mais indomptable dans l’âme, tu ne sauras pas te soumettre à ceux-ci, pas plus que tu ne sus te soumettre aux précédents. Je sais, un sens de l’honneur aussi aiguisé, peut prendre des allures de provocations. Il se trouvera même quelques-uns pour penser secrètement que ta mort, tu l’as cherchée. Car enfin, pourquoi diable, s’impliquer avec autant de risques personnels dans des problèmes qui, après tout concernent toute la collectivité ?

Premiére commémoration de Djaffer et Kamel 10 mai 1998

Pourquoi ? Parce que tu es de cette race d’hommes, authentiques pionniers, qui empruntent les chemins raides et escarpés, délaissants les sentiers tortueux. Je peux te le dire aujourd’hui Djaffar, tu fais partie de ces quelques figures avec Mmis n Slimane, ce maçon que j'ai’ connu autrefois à l’Académie berbère, dont l’engagement dans le même mouvement m’a conforté dans ma conviction. Vous êtes des repères, des guides. C’est le sentiment que j’ai éprouvé en vous retrouvant au RCD.
« Parce que la montagne toute proche ne protège plus le village du sirocco ni des sauterelles », écrivait Mammeri, il se trouve aujourd’hui encore à deux pas de chez toi, des kabyles pour promettre de t’arabiser avant l’an 2000. Des tueurs intégristes ne leur en ont pas laissé le temps. Des assassins, peut-être hébergés si prés de chez toi, parce que la montagne ne protège plus du sirocco ni des sauterelles, la colline oubliée.
Djaffar, je sais ce que plus tard, tu me diras là-haut : la prochaine fois, ils ne t’auront pas, tu ne baisseras pas ta garde, même durant ton cours. Non Djaffar, ils ne soumettront toi dont le meurtre même résonne comme un appel à la résistance pour l’éternité, un appel qui se perpétue depuis la mort de Jugurtha dans une cellule romaine, il y a plus de deux mille ans.
Tu lui diras, là-haut, que les fils du pauvre n’ont pas peur.

Hand Sadi

(In liberté mai 1997)

Une Leçon de Courage
















Une leçon de courage
Etait-il excessivement confiant ?
Je pense, pour ma part, qu’il était totalement conscient du danger qu’il le menaçait. Il se savait en danger de mort. Djaffar était loin d’être un suicidaire.
Tout simplement, il ne voulait pas abdiquer.
Il préférait continuer son combat intellectuel, moral, politique et culturel dignement, fièrement et courageusement. Il a fait don de sa vie à l’Algérie, à ce peuple qu’il a toujours servi.
Pouvait-il, face à la mort, être moins digne que ses amis intimes déjà partis avant lui ?

Quelle leçon de courage ! !
















Il y aura encore beaucoup à dire sur Djaffar, sa grandeur et sa dignité face aux épreuves qui l’ont frappé, sur sa profondeur, son austérité, son humour pointu, sur tout ce qu’il a accumulé comme connaissances et sensibilité et le promettait à un avenir plus fécond.
Aujourd’hui, rien ne me consolera, rien ne nous consolera de Djaffar et Kamel, même martyrs, comme beaucoup d’autres !
«Si vous introduisez un rayon de lumière dans un nid de hiboux, vous ne ferez que blesser leurs yeux et exciter leurs cris ». Disait Diderot.
Ceux qui ont assassiné Djaffar et Kamel et beaucoup d’autre parmi les meilleurs enfants de l’Algérie ne sont que des hiboux aveuglés par la lumière qu’ils ont apportée. Les hommes quant à eux s’accommodent de la lumière. Elle leur est indispensable pour vivre !
Et Djaffar-d-Kamel continueront de vivre
Par leur courage et leur dignité.
Il est celui
Qui déteste voir l’ennemi
Repartir vainqueur
Il est celui
A l’épreuve des balles
Qui tire sur lui gâche sa poudre
Il est celui
Qui prend les prêtres
Et leurs arrache leurs clochettes
Il est celui
Qui ne doit pas être défié
Qui l’ose
Est sûr de perdre sa tête




















Djaffer Ouahioune Enfant du Soleil






















L’enfant du soleil

Rebelle, errent, militant des causes justes, paladin, irréductible, vigile de la liberté, la liste est vraiment longue, car cet orpailleur et cet apôtre des révolutions est né et demeure au présent.
Djaffar Ouahioune une fois pour toutes a décidé de vivre debout dans son pays quitte à en payer le prix. On le lui a bien fait payer, comme à Kamel et tant d’autres militants des causes justes.
Oui, nous sommes tous là et nous les pressentions, mais Djaffar & Kamel mettent le doigt juste là où ça fait mal. Ce pendant rassurez-vous, la douleur ne dure pas.
Constamment Djaffar sème l’espoir en montrant le chemin. Son assassinat fera date dans le combat de notre génération, car plus que son histoire, il en traduit l’atmosphère et la fibre profonde.
Il constituera une étape essentielle vers notre libération vraie, c’est-à-dire celle que nous réaliserons d’abord en nous-mêmes.
Djaffar n’est pas mort.
Kamel n’est pas mort.
Les héros ne meurent jamais. Les fils dignes de l’Algérie ne meurent pas. Ceux qui meurent sont leurs assassins, les commanditaires des assassinats, qui n’osent même pas assumer publiquement leur traîtrise. Ils agissent en lâches, en vils, ces monstres qui ne vivent qu’en eau trouble.Djaffar, Kamel, votre absence a laissé un vide immense, au moment où ce pays a plus que jamais besoin de ses enfants.
Sachez qu’il y a encore des êtres qui luttent pour votre cause et que vous resteriez à tout jamais dans nos mémoires et celles de tous les Algériens soucieux de l’avenir de ce pays.


Ecrire pour ne pas se perdre



Ecrire pour ne pas se perdre

L a nuit, quand je ferme les yeux j’ai peur, quand je les ouvre j’ai peur, j’ai peur quand je m’enferme chez moi. J’ai peur quand je sors dehors. Mon éternel tourment me suit partout. Les gens ont peur des fantômes, d’autres ont peur de la prison, de la vieillesse, ils ont peur de mourir. Ne dit-on pas que quand l’heure a sonné, il faut y aller…
Je veux bien y aller, mais pas n’importe comment et je voudrais savoir qui va appuyer sur le bouton de la sonnette.
Au tour de moi, tous les jours, des hommes, des femmes sont tuées, égorgés. Je ne veux pas de cette mort, non ! Si dieu existe là-haut, je voudrais lui dire pourquoi m’a-t-il crée pour finir égorgé par les mains de fanatiques fous et lâches ? Pourquoi, as-tu besoin de mon sang ? Toi qui es tout puissant.
Comment as-tu pu laisser assassiner ces milliers de victimes de façon si humiliante et si lâche ?
Ce n’est pas la guerre chez nous, c’est une boucherie où la viande, à défaut d’être mangée, est enterrée.
Comment me demandes-tu de croire en toi, ô ! Dieu, car ils viendront pour me tirer une balle dans la tête ou encore pire, m’égorger en scandant ton nom. Je peux tout comprendre, tout excuser, tout oublier, sauf ce besoin de répondre le sang des innocents même si c’est en ton nom.
Dis-moi que faire quand on n’a que deux mains nues, trop blanches pour arrêter les balles, stopper la lame d’un couteau ? Je n’écris pas ces quelques lignes pour étaler mes états d’âme, non, j’écris pour Djaffar, Kamel et les prochaines victimes. Nous savons maintenant que l’état a admirablement montré ses limites.
Nous sommes seuls et que peut-on faire pour défendre notre droit à la vie ou notre droit à la mort ?
C’est votre infériorité morale
Qui vous poussent à faire du mal
Le bien n’est pas votre objet
Puisque vous en êtes déchargés
Ne vivant que pour vous-même
Vous êtes pris pour faux théorème
Si faible que soit ma lutte
Vous n’atteindrez pas votre but
Pour le moment vous en profitez
Mais en tous, il y aune limite
Vous avez fait grossir votre bourse
Seul, vous remonterez à votre source
Vous avez cru assurer votre avenir
Or vous n’avez jamais su choisir
Dites-moi, que vous reste-t-il ?
Vous êtes pareil à une île
Qu’entoure l’océan rébarbatif
En vous, il n’y a rien de massif

Deux Hommes dans l'ombre!!!!



DEUX HOMMES DANS L'OMBRE


les branches des arbres se pliaient sous la force d’un vent terrible, emportant devant lui les feuilles mortes et les papiers éparpillés sur le sol. Deux hommes cachés derrière un arbre, l’un releva le col de son manteau pour se protéger du froid, l’autre ne s’en doutait pas de ce que leur réserva ce froid. Seul un faible rayon de lumière venant du dernier lampadaire qui avait jusqu’alors résistait au vent, permettait de deviner que l’homme paraissait très grand. Ils semblaient attendre quelqu'un, comme s’ils avaient rendez-vous ce jour là. L’un soudain mettant sa main à l’intérieur de son manteau, il en sortit ce qui semblait être un paquet de cigarettes. La douce lueur du briquet illumina soudain son visage, révélant un visage dure et sans expression. La soudaine extinction de la flamme empêcha DJAFFER et KAMEL de voir qu’ils étaient des hommes........
wah-young tassaft

Djaffer,Kamel Une Légende Pour Deux



1er Receuillement sur la Tombe de Djaffer et de Kamel 1998

On pourrait invoquer la formule fatale :
«ainsi va le destin ».
Mais on ne peut aussi facilement conclure car il y a eu mort de deux hommes. Deux frères, deux amis dans tous les sens du terme.
Djaffar et Kamel s’en vont. Rien n’étonne, ils marchent… c’est avant tous des hommes libres. Comment alors oser en parler de leur ignoble assassinat, eux dont l’errance et la sagesse brillent toujours. Ils s’en vont l’échine raid, le regard droit, rivé à un horizon, peut-être en quête d’un nouvel espace.
Leur pureté du peuple, leur gueule du loup, leur vérité dans la rencontre des paradoxes, leur enfantement, sont tous ailleurs.Pourquoi alors s’étonner d’apprendre qu’ils sont désormais et pour toujours ailleurs ?
Tout pouvait être ici. Mais ici, on cesse d’aimer les espaces et les distances. Ici, on aime les traditions pesantes qu’eux, d’écrier, les goûts âcres de la cendre que eux détestaient.
Ici, on aime surtout les aïeux et les stèles. On en a un amour religieux, passionné. Pour ceci, leur heure est venue. En tout cas, pleurer deux vies aussi pleine ne prouve pas la compassion, ce serait faire d’indigence d’âme pour… pour une vie extrêmement riche…et d’étroitesse d’esprit à… un combat juste.
























Djaffer et Kamel

Djaffer Ouahioune Vaillant Combatant



















A toi vaillant combattant
A toi vaillant combattant, blessé, meurtri
tien toi debout.
Résiste et rassemble tes forces
Ne cède pas au découragement
Car tes ennemis n’attendent que le
moment propice
Pour te jeter dans le gouffre ténébreux, dont
le fond est à des milliers km de la planète terre.
Pense tes blessures avec les plantes aux vertus
curatives incontestables de ta terre généreuse.
Ne baisse pas ta garde
Soit vigilant
Car des charognards
Surgis des ténèbres, des temps révolus
Te suivent de prés
Et s’apprêtent à te porter le coup fatal
au moment de ton fléchissement.
Suit l’amour de la rivière polluée et empestée
Pour atteindre sa source inviolée et boire
de son eau pure et revigorante
Fais-toi du feu pour te réchauffer
Et repousser avec les tisons ardents
Les loups qui rodaient à l’affût,non loin de toi
Bats-toi comme le vieil homme et la mer
Tu conduiras sûrement ta barque jusqu’au port d’attache.


Djaffer 1980

OUAHIOUNE DJAFFER



Djaffer dans le cerceuil

Quand l’homme meurt le nom grandit

Enseignant paisible, sceptique en matière religieuse, fermement attaché à l’humanisme traditionnel de l’université, il croyait sincèrement au rapprochement final par la culture.
On pourrait en discuter, mais enfin tel était l’homme doux, modéré, ennemi de la violence dans une période de
l’histoire de son pays où la violence apparut hélas comme la seule issue.
« Des hommes comme toi la terre n’en fait pas tous les jours, mais des lâches comme eux, la terre en regorge à en vomir »Alors pourquoi l’avoir assassiné, lui, il est vrai que ses assassins l’avaient sous la main.
Que faisait-il au moment précis où ses assassins vinrent le chercher ?
Il s’obstinait, avec son doux entêtement d’enseignant et d’un révoltant à instruire des enfants, à former des cadres pour la future Algérie.
Djaffar, ton absence a laissé un vide immense, au moment où ce pays a plus que jamais besoin de ses enfants. Sache qu’il y a encore des êtres qui luttent ta cause et que tu resteras à tout jamais dans nos mémoires et celle de tous les Algériens soucieux de l’avenir et du devenir de ce pays.



Djaffer et Gana

Djaffer Ouahioune le Provocateur





















Le provocateur ne se taira pas

D jaffar, le rebelle s’en allé. En beauté. Avec courage. Dans la douceur d’un printemps kabyle furieux. Il est parti à l’âge où la sève devenue bourgeon s’éclate en fleur.
Il est parti, mais il ne l’a pas voulu. Algérie, pourquoi faut-il que tu punisses toujours ceux qui t’aiment et te servent le mieux ?
Djaffar a rejoint la liste déjà longue de ceux qui se sont offerts pour ce pays, chatte dévoreuse de sa progéniture. Rassurez-vous, nous ne pleurerons pas, nous nous laisserons pas abattre par le défaitisme comme s’y attendent certainement les commanditaires du crime.
Les pauvres ! En continuant à mener leur combat de lâches qui ne frappent que par derrière, en tirant sur lui alors qu’il ne pouvait riposter, ils s’imaginent qu’ils viennent d’anéantir l’Algérie.
pourtant, eux qui connaissent si bien «l’irréductible », ils doivent savoir que les graines qu’il a semées ont pris. L’Algérie porte dans ses entrailles beaucoup de Djaffar.Que les criminels, leurs soutiens politiques et financiers se détrompent, ils ne recueilleront que l’effet inverse de leurs stratégies. Djaffar l’a ainsi voulu.
A chaque fois qu’ils tueront, l’amour de cette terre ancestrale étreindra la relève qui s’érigera en rempart contre la bête immonde. Ils appelleront encore au meurtre, de leurs planques de luxe et de luxure, de leurs prisons ou des salons de l’occident, mais l’Algérie en ressemblera qu’à elle-même, celle de Djaffar : Républicaine, Démocratique, Amazig et impitoyablement moderne. Et c’est pour cela qu’il est toujours là. Il restera ce symbole du militantisme qui n’accepte pas qu’on lui fixe ses conditions et qui sait se tenir la tête haute.Nous savons le combat qu’il a mené pour tenter d’apaiser les douleurs causées aux siens par d’odieuses violences. Djaffar n’est pas un militant de bureau, il ne s’est jamais contenté de parler. Il active et fustige tout ce qui porte atteinte à son pays. La critique, la condamnation et l’action sont chez lui une nature.
Djaffar est ainsi, il dérange. Il donne des coups de pied dans les fourmilières sans complaisances comme une sorte de conscience vivante. Ni les balles, ni l’oppression et encore moins la répression n’ont pu avoir raison de lui. Car ses luttes son indissociable de sa vie ou bien plus précisément, sa vie est dans ses luttes mêmes.Nous ne pleurons pas. Djaffar n’est pas un homme qui pleure. C’est un homme qui «fait ». Djaffar crie son amour et sa foi en son pays et sa voix résonnera toujours à l’unisson de celles des bâtisseurs de l’Algérie.


















Ne nous gâchez pas la mort

Djaffar Ouahioune. Kamel Ait Hamouda. Deux militants. Deux démocrates. Deux anonymes. Deux morts. Une dépêche. Quelques lignes.Et «le terrorisme a été vaincu », ose-t-on scander encore.Le premier était enseignant dans le lycée de Beni-Yanni. Il a été assassiné devant ses élèves. Dans sa classe. Quelle horreur !
Le second son ami, frère, compagnon…
Ce sont des gens comme Djaffar, comme Kamel, qu’on ne connaît pas, mais qui, du fin fond d’un village, à l’intérieur d’un lycée, à la tête d’une association ou chômeur dans un comité de quartier…ont permis, et concrètement, à ce pays, de rester encore debout, même fatigué, même meurtri, même détruit.
Ce sont ces gens-là qui permettent aux institutions de l’état de continuer à fonctionner.
Et l’état dans tout ça ? Et ceux qui le représentent cet état, au plus haut niveau, ont-il fait quelque chose pour permettre à Kamel et à Djaffar et à tous les autres, de rester vivants ou au pire de mourir rassurés, en toute quiétude, le sourire au coin des lèvres ? Leur ont-ils permis de mourir seulement heureux ?
On peut mourir heureux, quand on sait que l’idéal pour lequel on a décidé de se sacrifier ne sera pas remis en cause à la première occasion.Et pourtant, on est loin du compte. On est très loin du compte et on peut le dire, quand on sait qu’aucun responsable, qu’aucune institution n’a réagi aux appels aux meurtres de ces intégristes islamiques désignant, hier encore, les femmes comme cibles. Il est quand même scandaleux de constater qu’aucune autorité n’a daigné réagi aux dirigeants de ces lâches pour enfin leur clouer le bec.



Il est quand même triste et grave aussi, de constater qu’un établissement public se plie à leurs intolérables et fascistes exigences. Djaffar et Kamel savent exactement pourquoi ils sont morts. Ils savent qu’ils ont permis à cet état de continuer de fonctionner. Maintenant, il faut que l’état définisse et sache exactement pour quelles raisons il doit encore fonctionner.Est-ce, entre autre, pour nous permettre de voir la télé et boire un coup en toute légalité si l’on a envie ? Ou est-ce pour permettre aux autres, et en toute illégalité, de nous interdire de le faire ?
Si l’on n’est incapable de préserver la vie, qu’on fasse au moins l’effort pour ne pas gâcher la mort.

S.A.S

dimanche, septembre 11, 2005

Le Combat de Djaffer ne se reduit pas en un Simple garde du corps de Matoub Lounes

Djaffar ouahioune

Une vie au service des causes justes

Confronté très tôt à la difficulté du fait de la modestie de son milieu d’origine, Djaffar fit de l’amazigité un idéal.Né dans la rude Kabylie de la guerre de libération, il a dû y connaître, très tôt, ce qui ne peut être rendu que par le terme amazig de «Tamara » et fut naturellement voué au combat pour la démocratie et l’amazigité. « Ce sont donc, à la fois, force du souvenir non délibéré, et ce révélateur d’une vérité fondamentale du pays, qui caractérise le combat de Djaffar »

Eprouvé comme tout enfant du peuple par l’oppressante situation coloniale puis par une injuste Algérie indépendante, Djaffar fit du militantisme sa raison d’être.L’Algérie vient de perdre un de ses plus dignes et illustres enfants, esprit indépendant, enseignant de talent, un homme de courage et de conviction.

Fils de Belaid et Dahbia, Djaffar Ouahioune est né, le 14avril1957, à Tassaft, issu d’une famille aisée, avec deux frères et trois sœurs ; il perdra son père, qui était militant au sein du (MTLD) de Messali, à l’âge de trois mois.
L’enfance du petit orphelin se déroula, en toute stabilité, dans son village natal, où il à fait ses études primaires de 1963 à 1969, l’année ou il obtient son premier concours de 6eme année, il fut admis à l’école des pères blancs à Beni-Yanni, en compagnie de Mustapha Bacha et d’autres camarades de son village.Comme il était un brillant élève, toujours en quête de savoir, il étudiait même durant la période des vacances et pendant ce temps, son école à lui c’était les champs, où il était berger de quelques brebis qui appartenaient à sa mère.Durant quatre ans d’études et du bon travail à l’école des pères blancs, il fut admis au lycée.
En 1973, Djaffar, fait sa première sortie de sa région vers Constantine, où il fréquenta le lycée de «Mansoura ». Malgré les frais très élevés du déplacement et des études, par rapport à la situation financière de sa famille, il trouva l’aide morale et matérielle de ses deux frères aînés.

Djaffer

Après quelque temps, il fut exclu du lycée, momentanément, pour ses observations impertinentes et répétées en cours d’instruction civique de Boumediène. En remarque par-là que le combat de Djaffar a commencé très tôt, dés son jeune âge, il était conscient des enjeux politiques de notre pouvoir et de la question identitaire.Il arrêta ses études durant toute l’année 1975, à cause du décès de sa mère, puis les reprennent l’année suivante.
Deux ans plus tard, en 1978, il décrocha, dés la première fois, son baccalauréat à «Mansoura » et pour l’encourager, son frère aîné lui offre une voiture de marque (R8), comme cadeau a son succès.
« C’est cette force de Djaffar que je garde aujourd’hui, celle d’un homme qui s’est battu tout au long de sa vie, et qui court toujours à la recherche de la liberté »Il fut par mis les premiers étudiants à fréquenter l’université de «Ouad-Aissi » à Tizi-Ouzou, nouvellement ouverte, où il commença son combat culturel sur le terrain, c’est dans l’université que fut la création de cet homme de courage et de conviction, et le début de son combat pour les causes justes.Il était un membre influent du mouvement culturel berbère (MCB), un militant dynamique, de grande culture.Il évoluait à l’aise dans les domaines culturel, politique et social. Il avait tout aussi de grandes capacités d’analyse, sereine et réfléchie.
Si Djaffar a participer aux événements du printemps 80, c’était seulement pour l’amour de sa langue maternelle, Tamaziγt et ce pays qui pleure ses intellectuels et ses hommes aujourd’hui, il était là pour préparer la toute première manifestation du 11 mars, an lendemain de l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri, il avait résumer l’événement à travers cette saisissante formule kabyle « ASS N 11 DI MEΓRES ID N-SSEγRES ».

Djaffer

Ou encore à Alger, les étudiants ne parvenaient pas à tirer leur tract, car le responsable de la reprographie exigeait une autorisation de son supérieur, leur course se terminait inlassablement devant la porte cadenassée de la salle de tirage, arriver sur les lieux, il fit volez le verrou d’un coup de pied, il tira le tract sans se soucier davantage d’une quelconque permission, après les événements du 20 avril 80, fut arrêter pour la première fois par la gendarmerie de Tassaft avec son compagnon de lutte Hand Saâdi, après quelques jours il s’échappa.
Fondateur de la revue « Tafsut », il a était dénoncé, les gendarmes étaient venus perquisitionner chez lui pour chercher la ronéo de «Tafsut ». Il leur expliqua qu’on ne violait pas l’intimité d’une maison kabyle et l’argument les avaient convaincus, pourtant la ronéo était bien la chez, lui !
« Tafsut » dont il fut l’un des fondateurs, publia dans son premier numéro
un percutant poème « ADRUM SWEγRUM » où il fustigeait cette légion de kabyle de service.
Les gendarmes, «IJERMIDEN », comme il les appelait avaient fini par cesser de le poursuivre. Son aplomb face à eux est admirable.
Apres quelques années d’enseignement à « Fouka »c’est le grand retour de Djaffar vers sa région, où il enseigna les mathématiques au lycée de Beni-Yanni, ex école des pères blancs ou il a était déjà élève.
Djaffar est à remercier et à congratuler pour ses allées et venues au service du savoir et de la science. Fidèle au poste, à l’écoute des élèves et de leurs parents. En retient de Djaffar un fidèle patriote, engagé cœur et âme pour le mouvement berbère.Ce samedi matin, 10 mai, rien n’était habituel, cette chaleur ne prétendait rien de bon, assister aux cours, sans vraiment y être.
Soudain, vers 10h30, rien à comprendre.
Les détonations provenants de l’intérieur du lycée, les cris, les bousculades, puis la fuite vers l’extérieur. Par bribes, les informations tombaient : c’est Djaffar qui vient d’être tué. Incompréhensible… impensable. Rien à dire. Les confidences s’arrêtent net ; la voix s’éteint sur un sanglot étouffé.
Vers 10h30, huit individus armés, sont introduits tranquillement dans la petite loge du gardien, les uns en tenues de gendarmes, d’autres en tenue militaire et un civil bien costumé tenant un talkie-walkie. Ils tiennent le jeune Kamel, avant de gagner la salle 13,où enseignait Djaffar, et ils ont obligé le surveillant général de l’établissement de les accompagnés.Le prof de maths est surpris en plein cours par cette visite inattendue, il s’est fait déposséder de son arme (une MAT49), puisqu’il n’a pas eu le temps de riposter à ce qu’il croyait être des membres de service de sécurité.

Djaffer

« Il ne savait jamais quand, jamais on ne lui fixait de rendez-vous. Il venait tôt le matin, pour une petite heure »Atteint de plusieurs balles, il se précipita vers la porte en poussant l’un d’eux en dehors de la classe, où il sera achevé à bout portant par ses assaillants, devant les yeux effarés de ses élèves. Une fille qui se trouvée au tableau a été touchée à la jambe. Les individus armés ont eu aussi le temps de tuer le jeune Kamel avant de prendre la fuite.C’est ainsi que les élèves, ont assisté en direct à l’assassinat de leur professeur des mathématiques.C’est une grosse perte. Il était de la trempe de Mustapha et d’Ammar.
Comme une école, Tassaft Ouguemoune a enfanté Amirouche, oncle de Kamel ; Djaffar, parent de l’écrivain connu Chabane Ouahioune ; Mustapha, la réincarnation de Ammar Ould Hamouda, tous animés d’un esprit de lutte, de combat pour la liberté et la démocratie, leur milieu naturel. D’autant que l’activité politique est innée, dans ces différentes familles, les rassemblant ainsi dans une seule et même famille.