
Ne nous gâchez pas la mort
Djaffar Ouahioune. Kamel Ait Hamouda. Deux militants. Deux démocrates. Deux anonymes. Deux morts. Une dépêche. Quelques lignes.Et «le terrorisme a été vaincu », ose-t-on scander encore.Le premier était enseignant dans le lycée de Beni-Yanni. Il a été assassiné devant ses élèves. Dans sa classe. Quelle horreur !
Le second son ami, frère, compagnon…
Ce sont des gens comme Djaffar, comme Kamel, qu’on ne connaît pas, mais qui, du fin fond d’un village, à l’intérieur d’un lycée, à la tête d’une association ou chômeur dans un comité de quartier…ont permis, et concrètement, à ce pays, de rester encore debout, même fatigué, même meurtri, même détruit.
Ce sont ces gens-là qui permettent aux institutions de l’état de continuer à fonctionner.
Et l’état dans tout ça ? Et ceux qui le représentent cet état, au plus haut niveau, ont-il fait quelque chose pour permettre à Kamel et à Djaffar et à tous les autres, de rester vivants ou au pire de mourir rassurés, en toute quiétude, le sourire au coin des lèvres ? Leur ont-ils permis de mourir seulement heureux ?
On peut mourir heureux, quand on sait que l’idéal pour lequel on a décidé de se sacrifier ne sera pas remis en cause à la première occasion.Et pourtant, on est loin du compte. On est très loin du compte et on peut le dire, quand on sait qu’aucun responsable, qu’aucune institution n’a réagi aux appels aux meurtres de ces intégristes islamiques désignant, hier encore, les femmes comme cibles. Il est quand même scandaleux de constater qu’aucune autorité n’a daigné réagi aux dirigeants de ces lâches pour enfin leur clouer le bec.

Il est quand même triste et grave aussi, de constater qu’un établissement public se plie à leurs intolérables et fascistes exigences. Djaffar et Kamel savent exactement pourquoi ils sont morts. Ils savent qu’ils ont permis à cet état de continuer de fonctionner. Maintenant, il faut que l’état définisse et sache exactement pour quelles raisons il doit encore fonctionner.Est-ce, entre autre, pour nous permettre de voir la télé et boire un coup en toute légalité si l’on a envie ? Ou est-ce pour permettre aux autres, et en toute illégalité, de nous interdire de le faire ?
Si l’on n’est incapable de préserver la vie, qu’on fasse au moins l’effort pour ne pas gâcher la mort.
S.A.S

0 Comments:
Enregistrer un commentaire
<< Home