MARTHYRS DE TASSAFT OUGUEMOUNE

HOMMAGE AUX VALEUREUX MARTYRS DE TASSAFT OUGUEMOUNE

mercredi, septembre 14, 2005

MUSTAPHA BACHA

L’itinéraire d’un combat


En perdant l’un des artisans du printemps berbère, l’un des fils dignes, Tassaft est en deuil.
Fils de Belaid et Chettir Mekioussa, le regretté Mustapha Bacha est issu d’une famille modeste. Il est né le 27-07-1956 à Tassaft, où il à fait l’école primaire de son village natal avant de continuer ses études moyennes à l’école des pères blancs à Beni-Yanni, puis les études secondaires au lycée « Amirouche » de Tizi-Ouzou, où il obtient son baccalauréat en 1978-79.
Mustapha n’avait pas 24 ans qu’il était déjà l’un des leaders du soulèvement d’avril 80, qu’on appela « le printemps berbère ». Il goûtera à l’isolement et la prison dans son pays indépendant, plus précisément à la prison de « Berouaghia», avec ses camarades de lutte. Cette qualité lui était reconnue par ses camarades étudiants à la fac centrale pour ses dons d’orateur hors pair et son exceptionnel sens de l’organisation.
« Il y a des hommes Océan »
Il &tait déjà de ceux qui tardent dans la nuit du 6 avril 1980, ils avaient décidé de faire participer la communauté universitaire d’Alger à la marche organisée pour le lendemain. Elle devait aller de la place du 1er mai vers la présidence de la république. La marche est agressée par les forces de «répression » et plusieurs dizaines de manifestants s’étaient retrouvés en garde à vue au commissariat central où ils furent durement interrogés. Mustapha était parmi eux. Au lendemain de sa libération, il active de plus belle pour ne pas laisser mourir un printemps si beau.
Il sera de nouveau arrêté le 20 avril et cette fois déféré devant la cour de sûreté de l’état avec 23 autres militants de la cause. Leur libération provisoire survient le 26 juin de la même année.
Loin d’entamer sa détermination, il sera l’un des organisateurs du séminaire de «Yakourène » d’août 1980 dont les travaux avaient pour la première fois esquissés les contours de la revendication culturelle berbère dans le cadre national algérien.
Il s’empare alors de l’instrument idéologique en vogue dans les années 70 : la gauche.
Il crée alors et anime plusieurs mouvements de gauche ; obsédé par l’idée de liberté et la soif de justice, il fut un des grands opposants à l’infâme article 120 dés son avènement. En 1977 il entame un dur combat pour la mise sur pied du premier comité universitaire autonome à l’institut des sciences économiques d’Alger.
Malgré ces 4 ans mouvementés dans l’université, il parvint à décrocher sa licence en sciences économiques en 1982. Il entame en suite une carrière professionnelle de cadre gestionnaire à l’E.N.I.E.M (ex-SONELEC) où il fut élu représentant des travailleurs à l’UGTA. Durant sa carrière syndicaliste, il fut le fondateur du syndicat autonome (future UDT) de l’E.N.E.M en 88. Parallèlement à son activité il était militant du GCR «Groupe Communiste Révolutionnaire" de 82 à 84, puis de l’ORT(Organisation Révolutionnaire des Travailleurs)de 84 à 87. Et dans le cadre du MCB, il rejoint le groupe de Said Saâdi le 11juillet 1986.
Le 20 avril 1988, il participa à une table ronde avec un certain nombre d’acteur du printemps Amazig et conclura comme la plupart des présents que
«si les divergences idéologiques nous ont jusqu’à présent éloigné les uns des autres, il est nécessaire que Tamazigt nous réunisse aujourd’hui ». Après les événements d’octobre 88, dés le 9 novembre, il est parmi les quatre appelants à la tenue des assises du MCB. Elles eurent lieu les 9 et 10février1989 à l’issue desquelles, le RCDétait proclamé par Mustapha qui en devient le secrétaire national à l’organisation et à la formation en même temps il était un des animateurs les plus efficaces du MPR (mouvement pour la république).
Doué d’un grand sens de l’organisation, il était le principal concepteur de tous les grands événements initiés par le MPR et le RCD
Etat généraux des patriotes républicains
Les congrès
Marche du 10 mai 1990
Marche du 24 octobre 1991
Marche du 29 juin 1994

« il aimait l’Algérie à en mourir »Patriote infatigable, méticuleux, honnête, Bacha aura donné tout à la cause Amazig que nous ne sauront l’oublier. par son combat en faveur de l’amazigité, il est parmi ceux qui ont évolué naturellement vers le combat national voire universel en faveur des valeurs de liberté, de tolérance, de courage et de sacrifice.
Il faut rappeler qu’au plan culturel, il participa à la création de la troupe «DEBZA », puis du collectif culturel de l’université avant d’être en
« Il faut ouvrir toutes les portes et toutes les fenêtres pour qu’un grand souffle d’air passe, il faut que la liberté d’expression devienne réelle » 1981, durant les événements du 19 mai 81et à 11 mois de prison.
En 1982, lors de l’assassinat de Kamel Amzal, Mustapha était présent à la tentative d’organisation de l’assemblée générale de Ben Aknoun qui fut alors interdite.
Le 17 mars 1989, à Tassaft, il fut le fondateur de l’une des premières associations culturelles à voir le jour en Algérie et c’était l’association culturelle Ammar At Hamouda.
Toujours présent sur les trois fronts, social, politique et culturel. Mustapha mena par la suite une lutte sans répit pour la justice, la liberté et la démocratie. Ne connaissant ni le repos, ni le divertissement, Mustapha ne militait pas, il vivait en militant. Ce militant, qui n’avait pas en fat une vie privée, était d’une disponibilité telle qu’on peut dire sans risque de se tromper que, depuis 25 ans, il était pour quelque chose dans tous les événements qui ont marqué les combats identitaires et pour la démocratie.
Ses discours tranchants, son franc-parler dépouillé de toutes fioritures complaisantes laissent, le souvenir d’un homme qui détestait les compromis et les compromissions.
Lors d’un meeting à Tizi-Ouzou il avait répondu à ceux qui ménagent les suscebtilités calculatrices et déclaré à propos de l’arrêt du processus électoral :«En disait de nous des fous e des audacieux si c’est pour l’Algérie en l’est tout le temps ». audacieux, il l’était pour l’Algérie moderne et républicaine.
Qu’il s’agisse de la jeunesse, de la culture nationale ou de l’école il expliquera sans répit les positions de son parti et ses convictions propres. De l’école en particulier, il n’a cessé d’insister sur «une refonte radicale » plutôt qu’une réforme.Farouche opposant du «système qui a échoué dans tous les domaines », ennemi irréductible de l’intégrisme et du terrorisme, il n’avait qu’une ambition : «Sauver le pays, car l’avenir de l’Algérie ne se joue pas à la roulette russe ».Mustapha était de ces hommes taillés d’une seule pièce dans l’honnêteté et l’intégrité. ses capacités politiques et son engagement, sans réserve, pour la démocratie en font une perte irremplaçable pour le projet républicain.
Lors du dernier entretien accordé à la presse (opinion du 2.8.94), Mustapha avait déclaré : «Il n’y a plus de place aux hésitations(...) les enjeux calcifiés, les conditions administratives et sécuritaires réunies, aucun démocrate ne peut refuser le retour au suffrage universel ».
dans telles circonstances, il est très difficile de trouver les mots pour exprimer toute la douleur qu’on ressent pour avoir perdu un ami, un frère, un compagnon de toujours. Voilà un homme qui n’appartient pas seulement à la famille Bacha, mais appartient à tout ce monde qui lutte pour la liberté et la démocratie en Algérie. Mustapha était un homme d’exception issu d’un village qui s’est toujours identifié aux sacrifices, il est parti à la fleur de l’âge, comme tous les grands hommes politiques qui partent très tôt sans avoir accompli pleinement leur mission, atteint leur idéal.
Sur la pointe des pieds, discrètement, un peu à la manière des grands, il nous a quittés pudiquement, emporté par un arrêt cardiaque, sans un râle, sans un soupir, comme un héros. Oui, mais il avait de qui tenir, il faisait parti de cette lignée de révolutionnaires qui ont vu le jour dans son patelin et qui avaient pour nom Amirouche et ainsi que Ammar At Hamouda. Il leurs a toujours ressemblé parce que fier comme eux, loyal envers son pays, un vrai nationaliste des temps moderne, un de ces algériens dont on est fier d’être l’ami.
« Son seul « Son crime a été de revendiquer son identité »Ce patriote infatigable avait consacré toute sa vie au militantisme ,à défendre sa langue maternelle, dans la soif d’une justice sociale, toute une vie à rêver d’une Algérie démocratique et voir les droits de l’homme triomphés dans un pays qui pleure ses enfants jusqu’aujourd’hui.
Mustapha Bacha a laissé un grand vide, que tous ceux qui ont la chance de travailler avec lui, sentira , parti avec un cœur peiné, laissant ainsi son pays sombré dans le chaos, il nous a quittés sans prévenir, subitement emporté par un arrêt cardiaque le lundi 08 août 1994.
Sa transparence et sa compétence vont cruellement nous manquer. Il nous manquera sur le plan politique d’abord, car ta présence, ton combat et tes idées sur la démocratie étaient remarquables à plus d’un titre. Il ne ressemblait en rien à ces opportunistes de salon qui changent de veste au gré de la conjoncture. Non, il était un des pionniers pour toutes les causes nobles qu’il défendait avec acharnement. Mais aussi son départ précipité laisse un vide difficile à combler.
Qui ne connaît pas son esprit d’organisation ?
Ses coups de gueules autoritaires et combien sympathiques ?
Ses analyses lucides, posées et justes sur la situation dramatique que traverse le pays ?
« Il y a des vies comme ça trop courtes. Et trop remplies.
La vie de Mustapha était de celles-là »Nous devions nous retrouver tout ensemble pour nous concerter sur une position commune à adopter sur l’épineux problème du dialogue ! son amour et son engagement pour le regretté Boudiaf faisaient de lui un vrai patriote algérien et il était de tous les combats pour la vérité sur son assassinat.
Voilà pourquoi il va nous manquer terriblement ! mais qu’il sache que nous allons continuer à nous battre comme il a su si bien le faire pour nos idées, notre projet de société et notre avenir et celui de nos enfants.
Mustapha restera vivant dans le cœur du MCB et des algériens qui en font un symbole de probité et de dignité. Il rejoint ainsi la chaîne ancestrale des bâtisseurs de nations. A nous de suivre ses traces pour combattre un pouvoir injuste et corrompu dont l’issue est aujourd’hui compromise par le terrorisme islamique.
Il nous a encore une fois dessillé les yeux sur la nature des fascistes en déclarant : «Il n’y a d’islamistes modérés en Algérie que ceux qui n’ont pas les moyens de la violence ».
De grâce, Mustapha n’avait pas besoin de pleurs et de lamentations, lui qui n’avait jamais abdiqué dans ses luttes et ses combats. Alors, à nous tous, de lui promettre solennellement que nous sommes prêts pour la continuité de la lutte jusqu’à la victoire finale.
Repose en paix Mustapha, «La République Vaincra », disait l’affiche à l’entrée de ton village natal Tassaft !







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